Au cœur d’une tension croissante qui fragilise l’édifice syndical, la crise secouant l’Union Générale des Travailleurs du Maroc (UGTM) s’enfonce dans une impasse dont l’issue semble de plus en plus conditionnée par un départ forcé. Face à l’intransigeance des parties en conflit, les voix réclamant le retrait du secrétaire général, Enaam Mayara, s’intensifient, érigeant cette démission en préalable indispensable à tout déblocage. Tandis qu’un large courant de contestataires structure son offensive au sein des instances, la direction du parti de tutelle, l’Istiqlal, s’emmure dans un silence qui pèse de tout son poids sur l’échiquier politique.
Des sources concordantes indiquent que Nizar Baraka, secrétaire général de l’Istiqlal, maintient une ligne de conduite rigide, refusant toute médiation partisane pour colmater les brèches syndicales. Cette neutralité, que certains cadres qualifient de « sagesse stratégique », répondrait à une volonté de préserver l’unité électorale du parti à l’approche des prochaines échéances. Pour Baraka, le conflit doit rester circonscrit au « champ syndical » afin d’éviter qu’une onde de choc ne vienne déstabiliser l’appareil organique de la troisième force politique du pays, craignant par-dessus tout une contagion de la grogne.
Pourtant, dans l’ombre des discours officiels, des négociations acharnées se déroulent entre les « frères ennemis » de la centrale. L’enjeu de ces tractations souterraines est de formuler une sortie de crise permettant à Enaam Mayara de quitter son poste tout en « sauvant la face », évitant ainsi l’image d’un putsch brutal ou d’une éviction infamante. Cette quête d’un compromis honorable se heurte toutefois à une pression de la base et des cadres moyens qui ne cesse de croître, réduisant chaque jour davantage la marge de manœuvre du patron de l’UGTM.
Le paradoxe est frappant : l’Istiqlal, dont l’influence historique repose sur la puissance de son bras syndical, se retrouve aujourd’hui spectateur passif d’une lutte qui menace de saper l’un de ses principaux leviers de mobilisation populaire. Les dirigeants du parti craignent qu’un arbitrage en faveur d’un camp ne soit interprété comme une marque de favoritisme, ce qui pourrait aliéner une part non négligeable de l’électorat syndical. Cette stratégie de la distance vise à contenir l’incendie avant qu’il ne se propage aux structures régionales et locales de la formation à la Balance.
Le basculement décisif semble toutefois s’opérer sur le plan institutionnel. Le ralliement officiel du groupe de l’UGTM à la Chambre des Conseillers au camp des frondeurs constitue un séisme politique majeur. En réclamant la tenue d’un congrès extraordinaire, ces élus offrent une légitimité institutionnelle à la contestation, isolant Enaam Mayara un peu plus chaque jour. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les opposants affirment avoir déjà rallié plus des deux tiers des membres du Conseil général et une proportion équivalente au sein du Bureau national.
Au-delà des querelles de personnes, c’est la gestion même de la centrale qui est mise au banc des accusés. Entre boycott des réunions et courriers de protestation, les contestataires pointent du doigt une opacité financière préoccupante. Des griefs précis sont formulés concernant la gestion du patrimoine immobilier et l’usage des fonds syndicaux, des décisions qui n’auraient jamais été soumises à la validation des instances compétentes. Alors que l’Istiqlal persiste dans sa posture de spectateur prudent, l’UGTM semble avoir atteint un point de non-retour, où la quête d’une nouvelle légitimité paraît désormais inéluctable pour la survie de l’organisation.






