La hausse continue des prix des carburants a provoqué une vive vague de colère parmi les professionnels du transport routier au Maroc, plaçant le secteur au bord d’un bras de fer avec le gouvernement. Les acteurs dénoncent l’inefficacité des mesures adoptées, incapables de contenir l’augmentation persistante des coûts d’exploitation et de préserver les équilibres déjà fragiles d’un secteur soumis à une pression croissante entre flambée énergétique, hausse des charges et recul du pouvoir d’achat.
Au cœur de cette montée des tensions, les critiques se concentrent désormais sur la pertinence même de l’approche gouvernementale dans la gestion du dossier des carburants. Selon les professionnels, les dispositifs actuels, y compris les aides ponctuelles, ne parviennent plus à amortir les chocs successifs liés aux fluctuations des marchés internationaux.
Face à chaque hausse, les opérateurs se retrouvent confrontés à une équation délicate : absorber les pertes ou répercuter partiellement les coûts sur les usagers, une option limitée dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat, les enfermant dans une spirale de pression constante.
Dans ce climat tendu, les conclusions du Conseil de la concurrence ont accentué le mécontentement. L’institution a relevé des dysfonctionnements dans la transmission des prix des carburants entre le marché international et le marché national, pointant un déséquilibre entre gasoil et essence. Cette situation relance le débat sur la transparence des mécanismes de fixation des prix et sur les marges pratiquées dans un marché pourtant libéralisé.
En outre, alors que les hausses du gasoil n’ont pas été entièrement répercutées, celles de l’essence ont dépassé leur coût réel à l’international, renforçant le sentiment d’opacité et d’iniquité au sein du secteur.
Dans ce contexte, les organisations professionnelles du transport routier ont exprimé leur inquiétude face à la dégradation de la situation, avertissant d’un risque réel pour la continuité des services. Réuni à Casablanca, le conseil syndical du secteur a alerté sur les conséquences de la hausse des coûts énergétiques sur les équilibres économiques des opérateurs, dans un environnement marqué par la cherté de la vie.
Les professionnels rejettent également toute perspective d’augmentation des primes d’assurance, estimant qu’une telle mesure aggraverait la crise et pourrait conduire certains acteurs à la faillite. Ils appellent à un plafonnement des prix des carburants, à une exonération temporaire de la taxe intérieure de consommation (TIC), ainsi qu’à l’ouverture d’un dialogue sérieux avec les autorités.
Sur le plan organisationnel, ils insistent sur la nécessité de renforcer les structures syndicales et annoncent la tenue d’une nouvelle réunion le 26 avril, tout en évoquant la possibilité de recourir à des actions revendicatives.
Derrière ces revendications, se profile une crise plus profonde touchant la structure même du secteur, notamment pour les petits opérateurs confrontés à une hausse des coûts et à des revenus stagnants, ce qui pourrait entraîner des sorties du marché et une dégradation de la qualité des services.
Selon l’expert en politiques énergétiques Mohammed Abbassi, le modèle actuel de fixation des prix souffre d’un manque d’équilibre et de transparence. Il rappelle que la libéralisation du marché en 2015 visait à instaurer une concurrence bénéfique pour les consommateurs, un objectif qui reste partiellement atteint.
L’expert souligne également l’absence de publication régulière de données détaillées sur la structure des prix, contrairement à d’autres pays, ce qui alimente les soupçons. Il met en cause le poids de la fiscalité, notamment la TIC et la TVA, qui représentent une part significative du prix final, sans mécanismes d’ajustement en période de forte hausse.
Enfin, il critique le système actuel de révision semi-mensuelle des prix, jugé inadapté à un marché libéralisé censé réagir en temps réel aux fluctuations internationales, estimant que cette rigidité freine la concurrence.
Pour lui, la situation actuelle révèle une crise de gouvernance du secteur énergétique, où l’État s’est retiré sans garantir les conditions d’un marché réellement concurrentiel, laissant les opérateurs, en particulier dans le transport, seuls face à des chocs externes majeurs. À terme, cette situation pourrait engendrer des déséquilibres économiques et sociaux plus larges.






