Dans un communiqué au ton particulièrement vif, la Fédération Marocaine des Éditeurs de Journaux (FMEJ) a exprimé son rejet catégorique du projet de loi n° 09.26 relatif à la réorganisation du Conseil National de la Presse (CNP). L’organisation accuse l’exécutif de s’être livré à une réécriture superficielle du texte afin de contourner la décision de la Cour constitutionnelle du 22 janvier 2026, qui avait invalidé plusieurs articles pour inconstitutionnalité. Selon la FMEJ, les modifications introduites par le gouvernement demeurent purement formelles et techniques, ne répondant ni aux exigences constitutionnelles ni à l’esprit du verdict qui appelait à une révision profonde de l’architecture juridique de l’instance de régulation. La Fédération fustige également la méthode unilatérale adoptée par le ministère de tutelle, dénonçant une politique d’exclusion délibérée qui rompt avec le principe de l’approche participative garanti par la Constitution du Royaume.
Le grief principal porte sur le maintien de critères de représentativité jugés anti-démocratiques, notamment l’utilisation du chiffre d’affaires pour déterminer le poids des éditeurs au sein du Conseil. La FMEJ qualifie ce critère d’inhabituel dans les expériences internationales d’autorégulation, estimant qu’il favorise l’hégémonie des grands groupes de presse au détriment du pluralisme et des petits éditeurs. Par ailleurs, le recours à la nomination plutôt qu’à l’élection et le maintien d’un mode de scrutin individuel pour les journalistes sont perçus comme des manœuvres visant à affaiblir les syndicats professionnels et la légitimité représentative du corps journalistique. La Fédération regrette que le projet n’ait pas abordé les questions de fond liées aux procédures disciplinaires, à la médiation ou aux mécanismes d’alternance à la présidence du Conseil.
Au-delà de la réforme législative, la FMEJ pointe une gestion opaque du dossier du soutien public à la presse. Elle dénonce la constitution d’une commission spéciale dont les membres appartiendraient à une seule organisation professionnelle, sans critères de sélection transparents ni concertation préalable. Cette situation, qualifiée de précédent dangereux, aggraverait la crise de confiance au sein du secteur et contribuerait à la dégradation de la qualité médiatique, laissant le champ libre à la diffamation et à la précarité professionnelle. En conclusion, la Fédération appelle les parlementaires à assumer leurs responsabilités face à ce qu’elle considère comme un recul démocratique, tout en se disant prête à un dialogue sérieux pour trouver des solutions consensuelles garantissant l’indépendance et la dignité de la presse marocaine.






