La Royal Air Maroc traverse, ces dernières années, une période délicate sur le plan de son image, marquée par une montée inédite des critiques de la part des passagers. Cette situation a culminé avec sa sortie retentissante du classement des 100 meilleures compagnies aériennes au monde selon AirlineRatings pour l’année 2026.
Ce recul ne se limite pas à une simple position dans un classement international, mais reflète une réalité difficile vécue par les voyageurs, tant à bord des avions que dans les services au sol. Il met en évidence un décalage profond entre les ambitions affichées et la qualité réelle des prestations, plaçant la direction actuelle face à de sérieuses interrogations quant à l’utilisation des investissements publics considérables injectés pour soutenir et moderniser le transporteur national.
À l’échelle régionale, la comparaison révèle un contraste frappant : alors que le Maroc mobilise des ressources financières importantes pour soutenir la compagnie, d’autres transporteurs disposant de moyens plus modestes parviennent à offrir une expérience client plus homogène. Les classements internationaux valorisent notamment la constance de la qualité, un critère que Royal Air Maroc peine à garantir, alternant entre des prestations acceptables et d’autres largement en deçà des standards, avec des appareils loués aux cabines hétérogènes et parfois dégradées.
Malgré les programmes contractuels conclus avec l’État visant à renforcer la flotte et moderniser les services, les résultats sur le terrain traduisent, selon plusieurs observateurs, un écart significatif entre les investissements consentis et les performances réalisées. La stratégie adoptée aurait privilégié l’expansion quantitative au détriment de la qualité, limitant la capacité de la compagnie à s’adapter aux évolutions du secteur aérien mondial.
Les critiques portent également sur la dégradation des services essentiels. De nombreux témoignages de passagers, relayés sur les réseaux sociaux, évoquent des problèmes de propreté à bord, des équipements défaillants, ainsi qu’une baisse notable de la qualité de la restauration, jugée inférieure aux standards attendus, y compris comparée à certaines compagnies à bas coût. Cette situation est perçue comme le reflet d’un manque de contrôle interne sur les normes de qualité.
Depuis 2019, l’État marocain a mobilisé plus de 6 milliards de dirhams pour soutenir la compagnie, notamment dans le contexte de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, ainsi que dans le cadre d’un ambitieux contrat-programme visant à porter la flotte de 50 à 200 avions à l’horizon 2037. Toutefois, ces investissements n’ont pas, selon les critiques, produit les effets escomptés en termes d’amélioration tangible de l’expérience passager.
Par ailleurs, la question de l’identité visuelle de la flotte suscite également des critiques. Le recours à des avions loués ou acquis sans harmonisation des cabines a engendré une certaine incohérence esthétique, altérant l’image de marque de la compagnie et donnant l’impression d’une gestion de transition plutôt que d’une stratégie de modernisation structurée.
Au-delà des aspects visuels, les défaillances techniques — sièges endommagés, systèmes de divertissement hors service, équipements instables — affectent directement le confort des passagers et posent la question de la compétitivité de la compagnie dans un contexte où le Maroc se prépare à accueillir des événements internationaux majeurs, notamment la Coupe du monde de la FIFA 2030.
Dans ce contexte, la sortie de Royal Air Maroc du classement des 100 meilleures compagnies apparaît comme un signal d’alerte majeur. De nombreux observateurs estiment qu’un redressement durable suppose une refonte profonde de la gouvernance, fondée sur des standards élevés de qualité, de performance et de compétitivité, afin de restaurer la confiance des passagers et préserver le rôle stratégique du transporteur national.






