Les prix des carburants ont de nouveau augmenté au Maroc à partir de minuit, ce lundi 16 mars 2026. Il s’agit de la deuxième hausse enregistrée depuis le début du mois, dans un contexte international marqué par une flambée des cours du pétrole et des incertitudes géopolitiques persistantes au Moyen-Orient.
Selon des sources professionnelles, les gérants de stations-service ont été informés dimanche soir par les sociétés de distribution d’une nouvelle révision tarifaire. Le gasoil a ainsi progressé d’environ 2 dirhams par litre, tandis que l’essence a augmenté de 1,44 dirham. Le prix du gasoil avoisine désormais les 12,90 dirhams le litre dans plusieurs villes du Royaume, alors que l’essence dépasse les 13,95 dirhams. Il y a encore quelques semaines, le gasoil se situait autour de 10,20 dirhams.
Cette hausse intervient dans le sillage du bond des prix du pétrole sur les marchés internationaux. La fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un cinquième du flux pétrolier mondial, a provoqué une tension immédiate sur l’offre, propulsant le baril au-delà des 100 dollars.
Au-delà de l’impact conjoncturel, la situation relance le débat sur la sécurité énergétique du Royaume. Al-Houssine El Yamani, secrétaire général du Syndicat national du pétrole et du gaz, met en garde contre les risques de tension sur l’approvisionnement. Il rappelle qu’en février dernier, les stocks nationaux ne couvraient que 18 jours de consommation à la suite de perturbations logistiques liées aux conditions climatiques.
Le ministère de la Transition énergétique se veut toutefois rassurant. Il affirme que les réserves actuelles dépassent 617 000 tonnes, auxquelles s’ajoute un volume supplémentaire d’un million de tonnes réceptionné par voie maritime le mois dernier.
Sur le terrain, la hausse provoque une vive inquiétude parmi les professionnels du transport. La Coalition marocaine des chauffeurs non-propriétaires de taxis estime que ces augmentations successives aggravent une situation déjà fragile. Les chauffeurs, soumis à des loyers journaliers élevés, dénoncent une érosion continue de leurs revenus et appellent à la mise en place d’un mécanisme de soutien direct. Des formes de protestation ne sont pas exclues.
La décision suscite également des interrogations au sein de la société civile. Certains acteurs pointent la question du « vieux stock », estimant que les carburants actuellement commercialisés auraient été achetés avant la flambée récente des cours internationaux. Ils appellent à davantage de transparence sur la structure des prix et les marges réalisées par les distributeurs.
Au Parlement, la hausse n’est pas passée inaperçue. La députée Fatima Tamni, de la Fédération de la Gauche Démocratique, a adressé une question écrite au Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, s’interrogeant sur la simultanéité des augmentations chez l’ensemble des distributeurs et sur la réalité de la concurrence dans un marché libéralisé depuis 2015. Elle remet également en lumière les conséquences de l’arrêt de la raffinerie La Samir, qui a accru la dépendance du Maroc aux importations de produits raffinés.
En toile de fond, cette nouvelle flambée met en évidence trois défis structurels : un niveau de stock stratégique souvent inférieur aux 60 jours prévus par la loi, une dépendance totale aux importations en l’absence de raffinage national, et un manque de lisibilité dans le mécanisme de formation des prix.
Dans un environnement international instable, la question énergétique s’impose plus que jamais comme un enjeu stratégique majeur pour le Maroc, à la croisée des impératifs économiques, sociaux et de souveraineté.






