La chaîne qatarie Al Jazeera vient de raviver une polémique que l’on espérait reléguée au passé. Dans un reportage diffusé ce 3 mars 2026, intitulé « Quel impact aurait la fermeture du détroit d’Ormuz sur l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz liquéfié ? », le média basé à Doha a de nouveau eu recours à une carte du Royaume tronquée de ses provinces sahariennes. Ce dérapage visuel, loin d’être un détail technique, a suscité une levée de boucliers immédiate sur les réseaux sociaux, où l’opinion publique marocaine dénonce une atteinte caractérisée à la symbolique de notre intégrité territoriale.
Si le sujet du reportage portait sur les enjeux géostratégiques du transit énergétique mondial, c’est l’infographie illustrant les flux pétroliers qui a mis le feu aux poudres. En amputant le Maroc de son Sahara, Al Jazeera réactive une plaie mémorielle et médiatique, plaçant une nouvelle fois la question de la représentation de nos frontières au cœur du débat sur l’éthique journalistique et les agendas politiques sous-jacents.
Cet incident est d’autant plus déconcertant qu’il s’inscrit dans un paradoxe diplomatique frappant. L’État du Qatar, membre influent du Conseil de coopération du Golfe (CCG), n’a cessé de réaffirmer, via les canaux officiels de l’organisation, son soutien plein et entier à la souveraineté du Maroc sur l’ensemble de son territoire. Ces dernières années, la solidité des relations entre Rabat et les capitales du Golfe laissait présager une harmonisation des supports médiatiques avec les positions diplomatiques actées au plus haut sommet.
Pourtant, la récidive d’Al Jazeera force à s’interroger : s’agit-il d’une simple bévue technique ou d’une ligne éditoriale délibérément ambiguë ? Dans le concert des médias internationaux, la cartographie n’est jamais neutre ; elle est le reflet d’une vision politique. Ce décalage entre le discours diplomatique de Doha et le contenu visuel d’Al Jazeera laisse planer un doute persistant sur la volonté de certains cercles médiatiques de s’aligner sur la réalité du terrain et la légitimité historique du Royaume.
À l’heure où ces lignes sont écrites, aucune mise au point ni excuses n’ont été formulées par la direction de la chaîne. Ce silence ne fait qu’alimenter l’amertume des observateurs et du grand public marocain, qui voient dans ces procédés une dissonance regrettable avec l’esprit de fraternité et de solidarité stratégique unissant le Maroc à ses partenaires du Golfe.






