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Le Maroc franchit un cap stratégique avec la production de trains d’atterrissage “ intelligents”

Un projet royal qui propulse le Royaume au cœur de l’industrie aéronautique mondiale
Par Pr. Dr-Eng. Ahmed BOUTAMO, PhD.
Expert en aéronautique et aviation civile internationale, Conseiller indépendant du Président français

NOUACEUR, La cérémonie de lancement du site industriel Safran Landing Systems à MIDPARC, présidée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI accompagné de Son Altesse Royale le Prince Héritier Moulay El Hassan, marque un tournant historique pour l’industrie marocaine. Le Royaume ne se contente plus d’assembler, il industrialise désormais des systèmes critiques pour l’aviation mondiale.

Un investissement de 280 millions d’euros pour 500 emplois

Le projet, d’une envergure exceptionnelle, prévoit la production de trains d’atterrissage pour la famille Airbus A320 sur un site de 7 hectares. Avec un investissement de 280 millions d’euros et la création de quelque 500 emplois qualifiés, l’usine intégrera l’ensemble de la chaîne de valeur, usinage de précision, assemblage haute technologie, essais, certification et maintenance avancée.

Particularité notable, le site sera alimenté à 100% en énergie décarbonée, plaçant le Maroc à l’avant-garde de l’industrie aéronautique durable.

Pourquoi le train d’atterrissage change tout
« Fabriquer un train d’atterrissage, ce n’est pas comme produire n’importe quelle pièce d’avion », explique le Pr. BOUTAMO. « C’est un système critique qui supporte tout le poids de l’appareil au décollage et à l’atterrissage, avec des contraintes de sécurité absolues. »

Ce sous-système complexe intègre des amortisseurs oléo-pneumatiques, des freins en carbone capables de gérer des températures extrêmes, des systèmes hydrauliques sophistiqués et des mécanismes de verrouillage soumis aux normes les plus strictes de l’aviation civile internationale (EASA et FAA).

Maîtriser cette technologie signifie maîtriser des tolérances d’usinage au micron, des procédures d’assemblage qualifiées, et une traçabilité documentaire rigoureuse autant de compétences qui positionnent le Maroc parmi les rares pays capables de produire des systèmes aéronautiques critiques.

L’intelligence artificielle, le prochain défi

Au-delà de la production traditionnelle, l’avenir appartient aux trains d’atterrissage « augmentés » par l’intelligence artificielle. Les applications sont multiples et prometteuses.
En production, l’IA peut détecter automatiquement les défauts microscopiques, optimiser les processus d’usinage et garantir une qualité maximale grâce à la vision artificielle et l’analyse multi-capteurs.

En exploitation, les systèmes intelligents peuvent prédire l’usure des composants avant qu’elle ne devienne critique, optimisant ainsi la maintenance et réduisant les coûts pour les compagnies aériennes. Cette approche, appelée PHM (Prognostics & Health Management), permet d’estimer la durée de vie restante de chaque élément.
Le jumeau numérique, qui combine modèles physiques et données réelles, ouvre la voie à un diagnostic et un pronostic « certifiables » une révolution pour la sécurité aérienne.

Une vision royale au service de la continuité

La présence conjointe de Sa Majesté le Roi et de Son Altesse Royale le Prince Héritier lors du lancement souligne la dimension stratégique du projet. « Cette double présence traduit une vision de continuité : faire du Maroc non seulement une plateforme de production compétitive, mais un acteur souverain capable d’innover et de maîtriser les technologies de pointe », analyse le Pr. BOUTAMO.

Le secteur aéronautique marocain, déjà en forte croissance avec des exportations en hausse constante, franchit ainsi un nouveau palier. L’objectif n’est plus simplement de s’intégrer aux chaînes mondiales de valeur, mais d’en devenir un maillon technologique indispensable.
Un écosystème en construction
Le choix de MIDPARC n’est pas anodin. Cette plateforme industrielle permet de créer un écosystème complet autour de l’aéronautique, favorisant l’émergence de fournisseurs locaux, de centres de formation spécialisés et de capacités d’innovation.

« Le défi maintenant est d’adosser cette industrialisation à une stratégie rigoureuse d’intégration de l’IA, respectant les cadres de certification internationaux », conclut le Pr. BOUTAMO. « C’est à cette condition que le Maroc transformera une capacité industrielle en véritable souveraineté technologique durable. »

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