À l’ouverture des travaux de la dixième session du Forum international de la justice sociale, organisée à Rabat, Abdelmajid El Fassi El Fihri a souligné la portée stratégique de ce rendez-vous annuel, initié par la Chambre des conseillers en partenariat avec le Conseil économique, social et environnemental, sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Il a décrit ce forum comme un espace institutionnel de premier plan dédié à la réflexion collective sur les enjeux de la justice sociale, dans un contexte national et international marqué par des mutations profondes et accélérées.
S’exprimant au nom de la Chambre des représentants, El Fassi El Fihri a indiqué que le choix du thème de cette édition, intitulé « La justice sociale dans un monde en mutation : la nécessité de politiques équitables pour des sociétés plus résilientes », traduit une conscience aiguë des défis engendrés par les transformations géopolitiques, technologiques et économiques. Il a mis en exergue l’interdépendance croissante entre justice sociale et justice territoriale, soulignant la nécessité de politiques publiques fondées sur l’équité afin de garantir la cohésion sociale et de renforcer la résilience des sociétés. Dans ce cadre, il a salué la coordination institutionnelle entre les deux Chambres du Parlement, estimant qu’elle contribue au service des grandes priorités nationales et au renforcement du rôle constitutionnel de l’institution législative.
L’intervenant a relevé que les évolutions rapides touchant l’économie, le savoir, la technologie et la géostratégie ont accentué les inégalités sociales et territoriales. Ces déséquilibres, a-t-il précisé, sont aggravés par les crises climatiques, les conflits armés et les tensions géopolitiques, tant à l’échelle nationale qu’internationale, notamment entre pays développés et pays à revenu limité. Il a affirmé que le Maroc, bien que concerné par ces dynamiques, se distingue par une prise de conscience précoce de leur gravité et par une volonté politique affirmée d’y faire face, portée par la sollicitude particulière de Sa Majesté le Roi à l’égard de la lutte contre les disparités sociales et territoriales.
Dans ce contexte, El Fassi El Fihri a rappelé le rôle structurant de l’Initiative nationale pour le développement humain, lancée en 2005, qu’il a qualifiée de pilier fondamental dans la lutte contre l’exclusion sociale. Cette initiative, a-t-il expliqué, a contribué à l’amélioration des revenus, au soutien de l’économie sociale, à l’encouragement des projets générateurs de revenus, ainsi qu’au développement de services sociaux en faveur de l’éducation et de la formation, favorisant ainsi la diffusion d’une culture de solidarité et l’amélioration des indicateurs de développement social.
Il a toutefois souligné que, malgré les progrès notables réalisés par le Royaume en matière d’infrastructures, de modernisation économique, d’amélioration des services et de recul de la pauvreté multidimensionnelle, ces avancées n’ont pas bénéficié de manière uniforme à l’ensemble des territoires et des catégories sociales. Cette réalité a nécessité, selon lui, des orientations royales continues visant à corriger les déséquilibres persistants. À cet égard, il a rappelé les orientations exprimées dans le Discours du Trône de 2025, appelant à une véritable rupture dans la mise à niveau globale des territoires et à l’adoption d’une approche intégrée du développement territorial, affirmant avec force qu’« il n’y a de place ni aujourd’hui ni demain pour un Maroc à deux vitesses ».
Ces orientations, a-t-il poursuivi, se sont traduites concrètement par l’inscription du développement territorial au cœur de la loi de finances 2026 et par le lancement d’une nouvelle génération de programmes de développement territorial et régional. Élaborés selon une approche participative associant élus, société civile et experts, ces programmes reposent sur des données précises et des objectifs réalistes, visant à renforcer l’efficacité des politiques publiques et à mieux répondre aux attentes des citoyens.
Sur le plan international, El Fassi El Fihri a mis en garde contre les effets d’une mondialisation déséquilibrée, qui creuse les écarts entre les pays, notamment face aux conséquences du changement climatique et à la fracture technologique liée à l’accès aux technologies avancées, de la numérisation à l’intelligence artificielle. Ces disparités, a-t-il relevé, ont des répercussions directes sur des secteurs stratégiques tels que l’éducation, la santé, la recherche scientifique et la sécurité alimentaire, et favorisent une nouvelle division internationale du travail défavorable à de nombreux pays, en particulier en Afrique et en Amérique latine, situation aggravée par le poids de l’endettement extérieur et la hausse des coûts des importations.
Il a enfin appelé les parlements nationaux et la communauté parlementaire internationale à jouer un rôle actif dans le plaidoyer en faveur du transfert des technologies, du partage des connaissances et de la facilitation des investissements, tout en plaidant pour une limitation de l’emprise des brevets dans les secteurs vitaux. Il a estimé que les principes de solidarité mondiale et de coopération pour le développement restent indissociables d’un partage équitable du savoir et de l’innovation.
En conclusion, El Fassi El Fihri a souligné que ce forum constitue un acquis important en matière de réflexion collective, en parfaite cohérence avec les grands chantiers et réformes engagés par le Maroc sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, en vue de renforcer l’inclusion sociale, la cohésion nationale et de garantir que nul ne soit laissé en marge du processus de développement.






