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IA le braquage silencieux de notre singularité cognitive..!

Par : Pr. Dr-Ing. Ahmed BOUTAMO , PhD.

L’intelligence artificielle occupe désormais une place centrale dans nos modes de communication. Courriels messages professionnels prises de parole publiques tout semble pouvoir être optimisé reformulé amélioré. Mais derrière cette promesse d’efficacité se cache un phénomène plus profond et plus préoccupant.

L’IA ne se limite plus à assister notre expression. Elle tend à se substituer à elle. Sous couvert de neutralité et de performance elle transforme notre manière de dire et progressivement notre manière de penser.

Écrire n’est pas un acte technique. C’est une fonction cognitive complexe qui engage la réflexion l’émotion l’intention et le contexte social. Lorsque cette fonction est systématiquement déléguée à des modèles de langage nous n’améliorons pas la communication nous désentraînons notre capacité à formuler une pensée autonome.

Les systèmes d’intelligence artificielle produisent un langage fluide normé irréprochable en apparence. Mais cette perfection masque une perte essentielle. Les aspérités les nuances les micro signaux relationnels disparaissent. Le discours devient propre mais désincarné.

Dans des sociétés comme le Maroc où la communication repose sur la relation la chaleur humaine et l’implicite culturel cette transformation peut générer de profonds malentendus. Une parole filtrée par l’IA peut être perçue comme froide distante voire méprisante alors même que l’intention initiale était respectueuse.

Le risque dépasse la simple incompréhension. Externaliser sa parole revient à externaliser une partie de son identité. La machine tend vers la moyenne statistique elle efface ce qui fait la singularité d’une pensée critique et personnelle. Or la parole n’est pas le produit de la pensée elle en est le processus même.

À force de ne plus formuler par soi même nous risquons un désengagement cognitif progressif. La pensée s’appauvrit lorsque l’effort de mise en mots disparaît.

Il ne s’agit pas de rejeter l’intelligence artificielle. Il s’agit d’en reprendre la maîtrise. L’IA doit rester un outil au service de l’humain non un substitut à sa voix. Certaines dimensions de la communication celles qui engagent la confiance la responsabilité et le lien humain doivent demeurer profondément humaines.

Le véritable danger n’est pas que la machine devienne consciente. Le danger est que l’humain adopte par mimétisme la logique froide et linéaire de l’algorithme.

Préserver sa signature cognitive devient aujourd’hui un acte de souveraineté intellectuelle.

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