Le quotidien britannique The Times affirme que l’apparition remarquée du Moulay El Hassan, prince héritier du Maroc, lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe d’Afrique des Nations de football à Rabat en décembre 2025, a largement dépassé le cadre sportif et festif. Elle a revêtu, selon plusieurs observateurs, une dimension politique et symbolique profonde, marquant les prémices de la construction de l’image du futur souverain marocain dans l’opinion publique, en particulier auprès de la jeunesse.
Dans un reportage consacré à l’événement, le journal souligne que la scène a constitué une rupture notable avec les codes protocolaires traditionnels. Le jeune prince est apparu seul, sous une pluie battante, pour donner le coup d’envoi de la compétition, sans parapluie ni dispositif de sécurité apparent.
Âgé de 22 ans, le prince héritier, traversant la pelouse sous les applaudissements de plus de 60 000 spectateurs, a suscité une vive admiration dans les tribunes, ainsi qu’auprès de millions de téléspectateurs à travers le continent africain.
Un message symbolique dans un contexte politique
Selon The Times, cette apparition s’inscrit dans une stratégie progressive et maîtrisée de visibilité publique du prince héritier, conforme aux traditions de l’État marocain, fondées sur la continuité et la stabilité.
Le quotidien cite un diplomate occidental estimant que « la présence assurée d’une personnalité jeune et en bonne santé traduit clairement les contours d’une possible transition générationnelle ». Il ajoute que la symbolique était multiple : « même la pluie, après plusieurs années de sécheresse, semblait porter un présage favorable ».
Pour le politologue Omar Brouksy, le prince héritier s’est présenté, à cette occasion, « pour la première fois, comme un futur roi », renforçant ainsi l’image de continuité du système politique marocain.
Le journal insiste toutefois sur le fait que cette mise en scène publique s’est déroulée dans un cadre strictement maîtrisé, respectueux des équilibres de l’institution monarchique, soucieuse d’éviter toute lecture suggérant une dualité ou un chevauchement des centres de décision.
Un conseiller politique proche du gouvernement, cité par The Times, souligne que cette apparition, bien que hautement symbolique, est restée conforme aux usages d’une monarchie ancienne, traditionnellement attachée à ne pas créer de « cour parallèle » ni à surmédiatiser le prince héritier prématurément.
Le quotidien note par ailleurs que l’attention se tourne désormais vers le jour où le prince accédera au trône sous le nom de Hassan III, devenant le seizième souverain d’une dynastie régnant sur le Maroc depuis plusieurs siècles.
Le prince héritier sous le regard des capitales occidentales
The Times met également en lumière la dimension internationale de cette transition à venir. L’avenir du trône marocain est suivi de près par les puissances occidentales, compte tenu de la position stratégique du Royaume.
Le Maroc est perçu, selon le journal, comme un pilier de stabilité et d’islam modéré dans une région instable, un allié clé en matière de renseignement et de lutte contre le terrorisme, ainsi qu’un partenaire stratégique des États-Unis, du Royaume-Uni et d’Israël. Il constitue également un partenaire commercial majeur pour l’Europe et une porte d’entrée économique vers l’Afrique.
Dans ce contexte, la carisma personnelle du prince héritier pourrait, selon le journal, redéfinir les attentes liées à la fonction royale.
Une personnalité au-delà du palais
Le quotidien britannique s’attarde enfin sur le profil personnel du prince héritier, formé à l’Université Mohammed VI Polytechnique, où il a obtenu un diplôme en affaires internationales et poursuit actuellement un doctorat. Il est décrit comme intégré parmi ses pairs, brillant sur le plan académique et doté d’une forte présence.
Le journal souligne également sa maîtrise de plusieurs langues — l’arabe dialectal, l’amazigh, le français, l’anglais et l’espagnol — ainsi que ses centres d’intérêt pour la géopolitique, la musique et le sport. Des éléments qui le rapprochent de la jeunesse marocaine, laquelle a perçu son apparition dans un stade de football comme une image inhabituelle d’un prince héritier.
Toutefois, The Times rappelle que cette image s’accompagne d’attentes sociales lourdes, dans un contexte marqué par la persistance de la pauvreté, du chômage et de récentes mobilisations de jeunes dénonçant les déséquilibres entre grands projets structurants et les besoins urgents en matière de santé, d’éducation et d’emploi.
Un universitaire cité par le journal affirme que le prince héritier « est conscient que le changement est désormais une nécessité », estimant que toute phase future exigera davantage de transparence, moins de clientélisme et des réformes concrètes touchant la vie quotidienne des Marocains.






