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CAN 2025 au-delà du terrain une démonstration de puissance et de diplomatie continentale

Par Pr. Dr-Eng. Ahmed BOUTAMO, PhD. Conseiller Indépendant du Président français.

La 35ᵉ édition de la Coupe d’Afrique des Nations, organisée au Maroc du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, ne peut pas être lue uniquement à travers le prisme du résultat sportif. Le communiqué du Cabinet Royal publié à l’issue du tournoi propose une grille de lecture plus large, celle d’un événement transformé en marqueur de trajectoire nationale, en signal géopolitique et en outil de projection africaine.

1) Le sport comme indicateur de gouvernance

Dans les relations internationales contemporaines, la capacité à accueillir une compétition continentale est devenue un test concret de gouvernance, transport, sécurité, hôtellerie, dispositifs sanitaires, gestion des flux, communication de crise. Autrement dit, la CAN agit comme une “auditeuse” grandeur nature.
En saluant la contribution des citoyens et la réussite reconnue au niveau international, le communiqué met en avant un point central, un grand événement n’est pas seulement une fête, c’est une preuve de maîtrise administrative et organisationnelle. Et sur ce plan, le Maroc a projeté une image de pays capable de gérer l’intensité, la durée, et la complexité logistique d’un rendez-vous continental.

2) “Bond qualitatif”, le récit d’un modèle de développement

L’idée la plus structurante du communiqué est celle d’un “bond qualitatif” mesurable par le tournoi. C’est une affirmation lourde : elle signifie que le football sert ici de miroir à des choix stratégiques, infrastructures, planification, capacité d’investissement, continuité des politiques publiques.
Ce récit n’est pas uniquement national, il s’inscrit dans une compétition de modèles en Afrique. Les États ne se distinguent plus seulement par leurs positions diplomatiques, mais par leur aptitude à offrir des biens publics modernes (mobilité, stades, services, sécurité, expérience visiteurs). Dans cette lecture, la CAN devient un instrument de légitimation, elle rend visible, en quelques semaines, ce que des stratégies de long terme construisent en plusieurs années.

3) La diaspora, ressource de puissance et de cohésion

Le communiqué évoque un élément souvent sous-estimé dans les analyses sportives, le choix des talents issus des Marocains du Monde de porter le maillot national. Ce point dépasse largement le football.
Sur le plan géopolitique, les diasporas sont une ressource stratégique, capital humain, réseaux, réputation, passerelles économiques et culturelles. Lorsque l’équipe nationale intègre cette dimension, elle produit un double effet :
• cohésion interne (récit d’unité nationale transnationale),
• projection externe (image d’un pays attractif pour ses propres élites).
Ce mécanisme renforce le “soft power” il associe le Maroc à une identité ouverte, mondiale, mais ancrée.

4) Le moment sensible, incidents de finale et gestion du risque politique

Le communiqué reconnaît explicitement un épisode malheureux en fin de finale Maroc–Sénégal, sans s’y enliser. Ce choix est stratégique, en communication publique, une crise n’est pas seulement ce qui arrive, c’est la manière dont on l’encadre.
Le texte opère une bascule décisive : il désamorce l’émotion immédiate et parie sur le retour à la fraternité interafricaine. C’est une posture de stabilisation, empêcher qu’un incident sportif ne devienne un contentieux symbolique durable entre nations ou peuples.
Dans un contexte où les réseaux sociaux peuvent transformer une scène en récit hostile, cette ligne vise à préserver l’essentiel, la CAN comme réussite collective, et non comme fracture.

5) Le Maroc comme puissance d’hospitalité africaine

L’un des messages implicites du communiqué est que la réussite marocaine est aussi une réussite africaine. C’est une proposition diplomatique : le Maroc n’affiche pas un succès “contre” l’Afrique, mais “pour” l’Afrique.
Dans le langage du soft power, c’est un positionnement efficace : se présenter comme plateforme continentale, capable d’accueillir des émotions populaires, de valoriser le football africain, et de contribuer au rayonnement global du continent. Cette “puissance d’hospitalité” compte aujourd’hui autant que la puissance économique : elle crée de la confiance, des alliances, et une crédibilité d’intermédiation.

Conclusion

Au final, ce communiqué donne une lecture mature, une compétition continentale n’est pas seulement un tournoi, c’est un révélateur d’État, un accélérateur d’image, et un levier de diplomatie. Oui, il y a eu de la ferveur, de la joie, et aussi une séquence regrettable. Mais la conclusion politique du texte est claire, le Maroc a démontré sa capacité à organiser, à fédérer, et à inscrire le sport dans une trajectoire de développement et d’influence continentale, tout en appelant à ce que la fraternité africaine l’emporte sur les passions du moment.

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