Par le Pr. Dr-Eng. Ahmed BOUTAMO, PhD. Conseiller Indépendant du Président français
La défaite des Lions de l’Atlas face au Sénégal, 1–0 après prolongations, hier à Rabat, en finale de la CAN 2025, soulève une question essentielle : dans le sport de haut niveau, l’honneur prime-t-il sur le résultat ?
La désillusion est palpable. Perdre une finale à domicile, après un combat qui s’étire jusque dans les prolongations, laisse un goût amer à des millions de supporters marocains qui rêvaient de soulever le trophée. Pourtant, derrière cette déception sportive se cache une leçon de sagesse qui mérite d’être soulignée.
Le piège de la victoire à tout prix
Imaginons un instant un scénario alternatif : l’adversaire, confronté à des polémiques arbitrales ou à des pressions extérieures, se retire, conteste le résultat ou transforme le match en crise. Le Maroc serait sacré dans un contexte trouble. Victoire sur le papier ? Sans doute. Victoire dans les cœurs ? Certainement pas.
Une telle consécration aurait transformé un moment de gloire en scandale durable. Les soupçons de manipulation, les accusations de favoritisme envers le pays hôte, et les polémiques infinies auraient terni non seulement ce trophée, mais l’image même du football marocain et, au-delà, celle du sport national.
L’histoire du sport mondial regorge d’exemples où des victoires controversées ont poursuivi des nations pendant des décennies, éclipsant même des succès légitimes ultérieurs.
La noblesse de la défaite sportive
Cette finale perdue, aussi cruelle soit-elle, présente un avantage inestimable : elle est propre. Aucune tricherie, aucun arrangement, aucune zone d’ombre. Juste le verdict du terrain — celui qui fait la beauté et la cruauté du sport.
Cette défaite fait mal aujourd’hui. Elle provoque frustration, déception, tristesse. Mais elle ne provoque ni honte, ni opprobre, ni remise en question de l’intégrité du football marocain. Elle se digère, se surmonte, devient avec le temps une étape vers de futures victoires.
Le scandale, lui, ne pardonne jamais. Il s’incruste dans la mémoire collective, pollue chaque succès futur et transforme le sport en sujet de suspicion permanente.
Un héritage qui transcende un résultat
Le football marocain n’a pas besoin d’une victoire douteuse pour prouver sa valeur. Le parcours historique des Lions de l’Atlas lors de la Coupe du Monde 2022 au Qatar — première nation africaine et arabe à atteindre les demi-finales d’un Mondial — reste gravé dans l’histoire du sport international.
Cette épopée a fait rayonner le Maroc bien au-delà de ses frontières. Elle a prouvé que le football marocain pouvait rivaliser avec les plus grandes nations, dans le respect des règles et l’excellence sportive.
Vers une culture sportive diversifiée
Cette finale doit aussi servir de catalyseur pour une réflexion plus large : le Maroc ne peut se limiter au football, aussi fédérateur soit-il.
Le Royaume dispose de talents exceptionnels dans de multiples disciplines : l’athlétisme, le taekwondo, le kickboxing, le cyclisme, la boxe, et bien d’autres sports qui méritent reconnaissance, investissement et soutien populaire.
Valoriser toutes les disciplines sportives, c’est construire une nation sportive complète. Le football restera toujours la passion nationale, la référence qui unit et fait vibrer, mais il doit coexister avec un écosystème sportif riche et diversifié.
La vraie grandeur
Dans quelques années, personne ne se souviendra du détail exact de cette finale, sinon d’un fait : le Maroc s’est incliné 1–0 après prolongations, avec dignité, dans un grand rendez-vous. On se souviendra surtout que le pays organisateur a respecté le verdict du terrain sans chercher de raccourcis, sans compromettre son intégrité.
Car la vraie grandeur sportive ne se mesure pas uniquement aux trophées, mais à la manière dont on les poursuit. Perdre avec dignité, c’est préserver l’essentiel : l’honneur, le respect, et la capacité de revenir plus fort. Gagner dans le doute, c’est perdre bien plus qu’un match — c’est perdre la confiance, la crédibilité, et l’âme même du sport.
Les Lions de l’Atlas reviendront. Plus affamés, plus déterminés, plus redoutables. Et quand ils soulèveront un trophée, ce sera dans la lumière, pas dans l’ombre du doute.
Dima Maghrib. 🇲🇦
« Le sport marocain est plus grand qu’un seul résultat. Il se construit sur des valeurs qui traversent les générations et survivent à toutes les défaites. »





