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Après des mois de pause, Rabat et Bruxelles remettent la pêche sur la table

Bruxelles et Rabat s’apprêtent à remettre sur la table le dossier sensible de la pêche. Après plusieurs mois de pause consécutifs à l’expiration du protocole Maroc-UE en novembre 2025, la Commission européenne entend relancer formellement les négociations en vue d’un nouvel accord. Les premiers échanges techniques sont attendus dès février à Rabat, avec l’objectif affiché de parvenir à un compromis de principe au cours du troisième trimestre 2026.

Cette relance vise à éviter une vacance prolongée du cadre juridique régissant l’accès des flottes européennes aux eaux marocaines. Pour l’exécutif européen, il s’agit de restaurer un partenariat stratégique tout en l’adaptant aux nouvelles priorités communautaires, notamment en matière de durabilité des ressources halieutiques et de traçabilité des captures.
Le précédent protocole, qui couvrait la période 2019-2025, autorisait un peu plus d’une centaine de navires européens à opérer dans les zones atlantiques et méditerranéennes du Royaume. Doté d’une enveloppe de 105 millions d’euros sur cinq ans, il prévoyait le versement de redevances annuelles ainsi qu’un appui financier destiné à la modernisation du secteur halieutique marocain, au contrôle des pêches et au renforcement des capacités locales.
Mais l’accord avait été fragilisé par plusieurs contentieux juridiques devant la Cour de justice de l’Union européenne, ainsi que par des désaccords persistants sur les quotas et les contreparties financières. Rabat avait notamment réclamé une révision des montants à la hausse, invoquant l’augmentation des coûts d’exploitation et le contexte inflationniste.

Selon des sources européennes, la Commission a récemment informé les États membres de son intention de rouvrir les discussions par la voie diplomatique. L’Espagne, principale bénéficiaire du précédent protocole, pousse pour une reprise rapide, soutenue par la France et l’Italie. À l’inverse, plusieurs pays d’Europe du Nord plaident pour un durcissement des clauses environnementales, appelant à un encadrement plus strict de l’exploitation des ressources.
Le mandat de négociation, validé par le Collège des commissaires à la fin de l’année 2025, fixe un plafond financier de 110 millions d’euros sur cinq ans et introduit de nouvelles exigences, notamment en matière de suivi scientifique et de traçabilité des captures.

Le calendrier est désormais balisé. Après une première phase de discussions techniques prévue en février à Rabat, des rounds plus politiques devraient s’enchaîner dans l’optique de conclure un accord de principe au troisième trimestre 2026. Le Parlement européen, pour sa part, prévoit d’examiner le dossier en commission de la pêche dès le premier trimestre, dans le cadre de son rôle de supervision. Une application provisoire du futur texte pourrait intervenir après sa signature, en attendant son adoption définitive.

Au-delà de la pêche, l’enjeu est aussi économique et stratégique. Les activités des flottes européennes dans les eaux marocaines génèrent chaque année plus de 200 millions d’euros, tandis que le Royaume mobilise les redevances perçues pour financer des projets de développement local, renforcer la surveillance maritime et former des milliers de professionnels du secteur.

Dans le même temps, le Maroc poursuit la transformation de son industrie halieutique, misant sur la montée en gamme et l’industrialisation, à l’image du futur chantier naval de Casablanca, conçu pour produire des navires conformes aux normes européennes.

À la croisée des intérêts économiques, environnementaux et géopolitiques, le renouvellement de l’accord de pêche Maroc-UE s’annonce comme un test majeur pour la relation entre Rabat et Bruxelles. Les prochains mois diront si les deux parties parviennent à redéfinir les bases d’un partenariat durable et équilibré.

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