Le procès en appel de Marine Le Pen, de son parti le Rassemblement national et de 11 autres prévenus s’ouvre ce mardi à Paris. Cette procédure judiciaire pourrait trancher la question de l’éligibilité de la dirigeante de l’extrême droite française à l’élection présidentielle de 2027, et plus largement déterminer son avenir politique.
L’audience doit débuter à 13h30 et se poursuivre, en principe, jusqu’au 11 février au tribunal situé au cœur de la capitale, avant un verdict attendu à l’été prochain.
Marine Le Pen, qui a échoué à trois reprises dans la course à l’Élysée, avait été condamnée en mars dernier pour détournement de fonds publics. Elle avait écopé de quatre ans de prison, dont deux avec port d’un bracelet électronique, d’une amende de 100 000 euros, et surtout d’une peine d’inéligibilité de cinq ans avec exécution immédiate.
Cette dernière sanction l’empêche de se présenter à toute élection, y compris à l’élection présidentielle, ou de se représenter aux élections législatives en cas de dissolution de l’Assemblée nationale.
Pour espérer concourir à la présidentielle, la cheffe des députés du Rassemblement national devra obtenir soit une relaxe, soit une réduction de la peine d’inéligibilité. Cette peine a commencé à courir du fait de l’exécution provisoire de la décision, dans l’attente de l’arrêt de la cour d’appel prévu cet été.
En première instance, Marine Le Pen a été reconnue coupable d’avoir mis en place, entre 2004 et 2016, un « système » destiné à détourner des fonds du Parlement européen, initialement alloués à la rémunération d’assistants parlementaires à Bruxelles et Strasbourg.
Selon le parquet et le Parlement européen, partie civile dans cette affaire, ces assistants travaillaient en réalité exclusivement pour le parti Front national (devenu Rassemblement national) ou pour ses dirigeants.
Le tribunal correctionnel a fixé le montant des indemnisations à 3,2 millions d’euros, après déduction de 1,1 million d’euros déjà remboursés par certains des 25 prévenus. Seuls douze condamnés, ainsi que le parti, ont fait appel de la décision.
Marine Le Pen a réaffirmé lundi, en marge d’une rencontre de vœux organisée par le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, son espoir de « convaincre les juges de [son] innocence ». « Ma seule ligne de défense est de dire la vérité », a-t-elle déclaré, ajoutant espérer « être mieux entendue ».
Cette fois, la présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national devrait davantage axer sa défense sur « l’absence d’intention frauduleuse », plutôt que de contester frontalement l’ensemble des accusations portées contre elle.
Bien que Marine Le Pen n’ait pas perdu tout espoir d’être blanchie, sa condamnation ne l’empêcherait pas nécessairement de se présenter à l’élection présidentielle de 2027. Cela reste toutefois soumis à deux conditions : que la peine d’inéligibilité éventuelle n’excède pas deux ans, et que les juges lèvent l’obligation de port du bracelet électronique, incompatible avec une campagne électorale.
Marine Le Pen a souligné que seule la décision de la cour d’appel déterminera son avenir politique, sans attendre un éventuel pourvoi en cassation, même si la plus haute juridiction pourrait être amenée à statuer avant la présidentielle prévue en avril 2027.
Neuf mois après sa condamnation, Marine Le Pen a vu sa popularité reculer, tandis que l’hypothèse d’un remplacement par Jordan Bardella comme candidat à la présidentielle gagne progressivement du terrain.
Selon un sondage réalisé par l’institut Verian pour le quotidien Le Monde et le magazine L’Hémicycle, publié dimanche, 49 % des Français estiment que Jordan Bardella est le mieux placé pour remporter l’élection présidentielle, contre 16 % pour Marine Le Pen.
Par ailleurs, 30 % des personnes interrogées considèrent que Bardella ferait un « meilleur président de la République » que Marine Le Pen, contre 22 % qui pensent l’inverse.
Malgré cela, Marine Le Pen a réaffirmé à l’automne dernier qu’elle « se présentera à nouveau à l’Élysée avec certitude » si l’occasion lui en est donnée, tout en reconnaissant que, dans le cas contraire, « Jordan Bardella pourrait gagner à sa place ».






